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jeudi 19 juillet 2012

Interview de Xavier Jamaux, compositeur français pour Johnnie To

Depuis ses débuts dans le groupe Orange, Xavier Jamaux a multiplié des aventures musicales. L'une d'elles l'a mené au cinéma, avec la musique de Tokyo Eyes de Jean-Pierre Limosin en 1998. Du Japon, il est passé à Hong Kong, où il a trouvé refuge à la Milkyway Image du duo Johnnie To-Wai Ka Fai. En quelques années, il a créé cinq B.O.F. qui se sont distinguées par leur originalité, loin des standards locaux souvent trop illustratifs. Sa musique a parfaitement su refléter l'insolite ambiance de Mad Detective ou le passé qui s'efface dans Sparrow. Le style musical de Xavier Jamaux évolue sans cesse, on se demande toujours ce qu'il va nous proposer à chaque nouveau film, et c'est ce qui rend son travail si intéressant à suivre. Cela faisait un certain temps déjà que vous voulions l'interviewer. L'édition 2012 de Paris Cinéma et son hommage au cinéma de Hong Kong nous ont enfin donné l'occasion de le rencontrer. 



Xavier Jamaux (c) Xavier Jamaux


HKCinemagic : Comment avez-vous rencontré Johnnie To ?
Xavier Jamaux : La première fois que je l’ai rencontré en chair et en os c’était au festival de Berlin en 2008, pour lequel Sparrow était en compétition, mais avant Sparrow j’avais déjà fait la BO de Mad Detective l’année d’avant. C’est une productrice française, Hengameh Panahi qui m’a mis en relation avec les gens de Milkyway [Image]. Je lui dois cette belle rencontre qui dure…

" Il fallait de la musique qu’on n’entende pas ! "

OST de Sparrow par Xavier Jamaux et Fred Avril


HKCinemagic : Comment s’est passé la première collaboration sur Mad Detective ?
Xavier Jamaux : C’était très étonnant ! Je savais que Johnnie voulait changer d’orientation musicale, et son assistant de l’époque m’avait dit : « pas de nappes, pas de synthés, pas trop d’instruments… » : en gros il fallait de la musique qu’on n’entende pas ! En plus d’une première collaboration entre Johnnie et moi, c’était un film assez inattendu, mêlant beaucoup de genres, sans vraiment être définissable…
Je me souviens avoir maquetté trois scènes, chacune d’environ 2 ou 3 minutes. J’envoie mes propositions par mail et par retour de mail on me renvoie trois fichiers audio en me disant : « Voilà ce que Johnnie a bien aimé dans tes propositions »…A chaque fois c’était les intros des morceaux, dix secondes à peine, très abstraites avec quasiment des bruits de souffle, et des sons de percussions éthérées… Je me suis dit : « Là ça va pas être facile ! ». Et puis j’ai trouvé le thème des sept personnages, les sept avatars du flic véreux, un thème sifflé et ludique et là on m’a dit, « ok c’est bon, continue dans cette voie ! »

" Et puis j’ai trouvé le thème des sept personnages, les sept avatars du flic véreux… "
 Lau Ching Wan dans Mad Detective de Johnnie To et Wai Ka Fai


HKCinemagic : Vous avez composé six B.O.F. pour la MilkyWay. Sur quel film avez-vous rencontré le plus de difficultés ? Quelle BOF vous a donné le plus de satisfaction ?
Xavier Jamaux : Tous les films étaient dans des genres différents et demandaient des musiques radicalement différentes. C’est bien pour moi, ça m’oblige à progresser, à toucher à des univers musicaux que je ne connais pas forcément ; pour Sparrow par exemple je m’étais intéressé à la musique et aux instruments traditionnels chinois, même si le résultat final en est assez éloigné. Personnellement j’ai une préférence pour Accident, car l’esthétique du film me plaisait beaucoup, ce côté polar vintage, ultra-léché. Et la musique que j’ai faite allait de pair, très référencée, et en même temps sans doute ma BO la plus personnelle. Le plus dur a été Motorway, car nous avons commencé la musique avec Alex Gopher avant que le film ne soit fini (mais on ne le savait pas !). Il y a eu des retakes [nouvelles prises, ndlr], du remontage, du coup l’ambiance avait changé et donc la direction musicale aussi. Je dirais que l’avantage des réalisateurs comme Johnnie et ceux qu’il produit c’est qu’ils vont vite. L’inconvénient c’est qu’ils vont vite aussi !

" L’avantage des réalisateurs comme Johnnie c’est qu’ils vont vite. L’inconvénient c’est qu’ils vont vite aussi ! "
Accident
  
HKCinemagic : D’une manière générale, comment se déroule la composition de la musique d’un film ? Regardez-vous tout le film ? Composez-vous en fonction du scénario ? En fonction de la tonalité générale d’une scène ? Que faire quand il n’y a pas de scénario, quand vous ne savez pas ce que raconte la scène ?
Xavier Jamaux : En règle générale la musique intervient en dernier, donc quand le film est pratiquement monté. Le travail est donc très lié à l’image, même s’il faut tenir compte de l’histoire et du scenario. Parfois il ne faut pas que la musique fasse dire aux images ce qu’elles évoquent déjà, il faut parfois aller « contre » l’image.
Je regarde le film plusieurs fois et puis je choisis la scène qui me « parle » le plus. Souvent ça donne la couleur générale de la musique.



HKCinemagic : Quels rapports Johnnie To, Wai Ka Fai et Soi Cheang Pou Soi entretiennent-ils avec la musique ? Ont-ils une culture musicale précise ? (J’entends parfois J. To fredonner de la variété cantonaise…) Avez-vous appris à cerner la personnalité de chacun pour deviner ce qu’il recherche dans la musique de leur film en gestation ?
Xavier Jamaux : Je ne me soucie pas trop de leurs goûts personnels… ! Car la musique du film doit être celle qui correspond au film et pas forcément celle qui « plaît » au réalisateur dans la vie courante… Johnnie a effectivement une grande passion pour la variété chinoise, et il aime bien la pop music des 70’s (les Stones, Pink Floyd…). J’ai d’ailleurs d’excellents  souvenirs de  séances de karaoké J

HKCinemagic : Comment a évolué votre travail avec les cinéastes de la MilkyWay au fil du temps ?
Xavier Jamaux : On commence à mieux se connaître. Du coup bizarrement ils sont un peu plus directifs et exigeants avec moi qu’ils ne l’étaient au début ! Généralement ils font confiance et ne se mêlent pas trop de la musique sauf pour dire quand ça ne leur plait pas ! Mais les indications pour la musique proviennent aussi des assistants ou du monteur, c’est un vrai travail d’équipe ! Et Milkyway dans ce domaine n’usurpe pas l’expression de « famille ».

 Bande-annonce de Sparrow


HKCinemagic : Est-on moins « libre » quand on travaille sur un film que quand on travaille pour ses propres disques ?
Xavier Jamaux : Je vous dirais oui… et non ! Moins libre parce qu’il y a un fil conducteur, l’image elle-même qui induit une direction musicale, plus le souhait du réalisateur. Je dois parfois aborder des styles musicaux qui ne me sont pas familiers. Mais justement la contrainte est aussi source de créativité et il y a moins d’enjeux personnels que sur un disque perso justement. C’est la musique du film, elle fait partie d’un projet collectif…

HKCinemagic : En France, je crois qu’on ne trouve que la B.O. de Sparrow. Travaillez-vous à l’édition du reste de vos travaux pour la MilkyWay ?
Xavier Jamaux : La BO de Motorway qu’on a fait avec Alex Gopher est maintenant disponible sur i Tunes (qui vient notamment d’ouvrir en Asie). On fera une sortie française en octobre. Dans le même temps je pense sortir  une compilation de mes collaborations avec la Milkyway. (Mad Detective, Accident, Don't Go Breaking My Heart…)

OST de Motorway par Alex Gopher et Xavier Jamaux disponible sur iTune


  Bande-annonce de Motorway


HKCinemagic : Quels sont les compositeurs de BOF qui vous ont marqué ?
Xavier Jamaux : Il y en a beaucoup et pour différentes raisons. Le point commun étant l’excellence de chacun dans son domaine et le caractère très affirmé, élégant et évocateur de leur musique : John Barry, Angelo Badalamenti, Cliff Martinez, Ryuichi Sakamoto…

HKCinemagic :  Y a-t-il un nouveau film en vue avec la MilkyWay ?
Xavier Jamaux : Ca se pourrait bien !


Propos recueillis par Panda LY 
Remerciements à Xavier Jamaux pour son temps et sa collaboration à cette interview.



Anthony Wong dans Motorway


mardi 10 juillet 2012

Bilan : Chiffres et observations

Et voila ! Le festival Paris Cinéma édition 2012 s'achève aujourd'hui. Il est temps pour Johnnie To d'éteindre son cigare, de ranger les pim's et de retourner à des activités normales (comme regarder des VCDs de films de Hong Kong).



Le bilan qu'on peut tirer de ce festival est on ne peut plus positif. Quantité et qualité étaient au rendez-vous avec une belle sélection de classiques et d’œuvres inédites en France, certaines, particulièrement difficilement à voir. Si le public semblait bouder le festival lors des premiers jours (les salles étaient à peines remplies au tiers et les sièges claquaient souvent durant les séances), celui-ci s'est présenté de plus en plus nombreux au fur et à mesure que le temps passait. Si bien que des films plutôt difficile d'accès comme Love Massacre ou Homecoming avaient des salles quasi combles lors de leurs deuxièmes passages. De quoi s'interroger sur les attentes du public quand aux œuvres en provenance du port parfumé.

Quelques reproches peuvent toutefois être adressés :

- Si la programmation dans son ensemble était excellente, certains choix faisaient véritablement tache. Les 2 Wu Ma avaient-ils vraiment leur place au sein d'une sélection aussi pointue ? Le 3e épisode Seven Women était-il le mieux à même de faire découvrir Patrick Tam aux spectateurs Français ? On peut en douter.

- Si des projections en vidéo ou des copies en mauvais état étaient parfaitement compréhensible pour des œuvres relativement rares, on ne peut pas se montrer aussi conciliant concernant les conditions de projection des films célèbres. Ainsi, se retrouver devant A Better Tomorrow en mandarin est une bien vilaine surprise. De même, ne pas passer Le Marin des Mers de Chine en 35mm mais en vidéo ou devoir composer avec de multiples sautes de son pour Iron Monkey est extrêmement décevant.

Des mauvaises surprises qu'on espère voir corriger pour une éventuelle prochaine édition !



Pour terminer, voici quelques chiffres résumant cette expérience festivalière :

2 : Le nombre de films présentés dans des versions alternatives (L'Enfer des Armes et The Club).
5 : Le nombre de master class et tables rondes organisées.
9 : Le nombre de paquets de biscuits tombés au champ d'honneur.
17 : Le nombre d'invités et autres intervenants liés au cinéma de Hong Kong.

21 : Le nombre de séances auxquelles votre humble serviteur a assisté.
21 encore : Le nombre maximum de films Hong Kongais projetés en une seule journée.
22 : Le nombre de spectateurs qui s'enfuirent à la fin du premier épisode de Seven Women de Patrick Tam.
73 : Le nombre de longs métrages Hong Kongais présentés lors du festival.
108 : Le nombre de fois où Ng Cho Fan tousse dans Cold Nights.
134 : Le nombre de mains serrées durant tout le festival.


lundi 9 juillet 2012

10/07 : dernières journée du festival… les films à ne pas louper !

Alors quels sont les films à ne pas rater pour cette dernière journée du festival ?

Les 3 Luxembourg (6e arrondissement)
13h30 : Infernal Affairs, Andrew Lau , Alan Mak ***** FILM A VOIR. En savoir plus 
15h30 : Infernal Affairs, Andrew Lau , Alan Mak
17h30 : La Légende de Fong Sai-yuk (Legend of Fong Sai-yuk), Corey Yuen
 19h20 : Infernal Affairs II, Andrew Lau , Alan Mak
21h35 : Infernal Affairs II, Andrew Lau , Alan Mak

Song of the Exile


MK2 Bibliothèque (13e arrondissement)
13h : 92 The Legendary La Rose Noire, Joseph Chan, Jeff Lau
13h : Seven Women: Miu Kam-fung (épisode 2), Patrick Tam, Programme TV Patrick Tam1
13h : Seven Women: On Sai, Yeung See-tai, May Lee (épisode 3), Patrick Tam, Programme TV Patrick Tam 1
15h : Love Unto Waste, Stanley Kwan
19h30 : An Autumn's Tale, Mabel Cheung ***** FILM A VOIR. En savoir plus


An Autumn's Tale


La programmation du Forum des images est peut-être un peu moins accessible que ma liste de films commerciaux ci-dessus, mais est tout aussi passionnante et tout à fait recommandable également…*****

Forum des images (1e arrondissement)
16h30 : China Behind, Tong Shu-shuen
19h : Parents' Hearts, Chun Kim
21h30 : Empress Wu Tse-tien , Li Han-hsiang


Empress Wu Tse-tien © Licensed by Celestial Pictures Limited. All rights reserved



 Autres articles :
-Nouvelle vague : Entre classiques incontournables et oublis regrettables

-Plus d'articles et d'interviews à venir...



Merci aux organisateurs et programmateurs du festival et rendez-vous sur ce blog et sur HKCinemagic.com pour plus d’articles, compte-rendus sur le festival, interviews et critiques de films.

Plus d'articles et d'interviews à venir...

L'équipe du HKCM a vu beaucoup de films et fait pas mal d'interviews.
Il lui manque le temps d'écrire des critiques et de retranscrire les interviews.

Mais rassurez-vous, chers lecteurs, ça va venir.

De riches interviews de Johnnie To, Yuen Woo-Ping, Kara Hui, Li Cheuk To, des jeunes talents de la Fresh Wave... apparaitront sur notre site.  ;)

Toutes nos excuses pour ces retards.



                               L'équipe du HKCM qui couvre le festival.
Vous aurez reconnu Arnaud, Manolo, Thomas McK, Camille ...et P'tit Panda.

dimanche 8 juillet 2012

Souvenir de Violet Lam Man-Yee 林敏怡, compositrice des années 80 et 90

Ces jours-ci, en (re)découvrant les films de la Nouvelle vague hongkongaise à Paris Cinéma, j’ai également redécouvert le nom de Violet Lam Man-Yee, célèbre compositrice du cinéma de Hong Kong des années 1980 et 1990.

Violet Lam Man-Yee


 Les tubes signés Violet Lam Man-Yee


Violet Lam Man-Yee est née en 1950. Enfant, elle a appris le piano avec sa mère. Diplômée d’études de psychologie, elle part étudier la musique en Italie puis en Allemagne dans les années 1970. A Rome, elle découvre… le cinéma, surtout européen. Elle a dit qu’à cette époque, elle regardait deux films par jour. Le cinéma d’auteur l’éblouissait : c’était si différent de ce qu’elle connaissait jusque là. Comme elle est musicienne, elle prête plus attention à la musique des films. Elle découvre cet art et ses grands maîtres. Et aspire à son tour d’être compositrice pour le cinéma. A son retour à Hong Kong vers la fin de la même décennie, elle commence par des créations personnelles mais écrit aussi pour la scène. Elle gagne même quelques prix. C’est par l’intermédiaire d’un ami qu’elle rencontre Ann Hui. Celle-ci lui propose de l’accompagner pour son premier film au cinéma, The Secret (1979).  Très vite, Violet Lam va devenir le compagnon de route des cinéastes de la Nouvelle vague alors naissante.

The Secret

La musique de Violet Lam au cinéma est marquée par une présence discrète mais mélodique. Elle accompagne le film sans l’envahir. Elle apparaît souvent dans la pénombre du récit, pour révéler en pointillé les états d’âme. Cette musique si subtile imprègne bon nombre d’œuvres emblématiques de la Nouvelle vague, comme Nomad de Patrick Tam Kar Ming, Story Of Woo Viet de Ann Hui ou Ah Ying de Allen Fong. Sans elle, je me demande si ces films n’auraient pas perdu une part de leur beauté.


Chanson de Nomad


Sur The Secret, formellement très réussi, on sent encore un certain tâtonnement de la part de Violet Lam. Sa musique se contente d’accompagner quelques scènes sans tomber dans l’excès. On voit déjà dans ce premier film la voie choisie par Ann Hui : faire confiance à l’imagination du spectateur, plutôt que de le prendre par la main et tout lui expliquer avec des effets musicaux peu subtils et répétitifs. Elle a trouvé en Violet Lam une vraie complice dans sa démarche. Violet Lam aime aussi marquer les séquences de déambulations nocturnes ; on retrouvera cette petite touche personnelle dans d’autres films de l’époque dont elle a composé la musique. 

Story Of Woo Viet

Dès son deuxième film, Violet Lam sut dévoiler l’étendue de son talent. Sa musique joue un rôle essentiel mais discret dans l’aspect mélancolique de The Story of Woo Viet (1981). La désolation est dans le récit, mais je pense que sans la belle musique de Lam, l’impact sur le spectateur aurait été atténué. Cette musique réussit à révéler avec délicatesse l’âme des personnages. Elle souligne remarquablement bien ce désespoir qui les anime - ils portent tous le poids du passé et leur avenir est si incertain. Violet Lam aimait placer ses musiques dans les creux du récit, c’est dans ses moments-là que les cœurs se montrent. Elle aide certains passages d’apparence anodine à devenir l’âme du film. Je pense en particulier à celui où Chow Yun Fat/Woo Viet raconte à sa correspondante en voix off la déchéance de son ami magnifiquement incarné de Loh Lieh. Cette simple musique, si poignante, ne vous quitte plus bien après la fin du film – mais vous aurez du mal à la fredonner avec précision. Teddy Robin, qui était le producteur du film, avait particulièrement apprécié une séquence musicale. Il a alors demandé à Violet Lam de la transformer en chanson. Violet profite de l’occasion pour pousser son jeune frère Andrew Lam Man-Chung 林敏驄 à devenir parolier. Cela va donner « That’s Love /  這是愛 », premier tube de Violet Lam dans le domaine de la canto-pop. Cette très belle chanson n’est pas dans le film, mais sera l’un des plus beaux succès de Teddy Robin Kwan chanteur.

Love In A Fallen City


Grâce à Love In A Fallen City (1984), sa troisième et dernière collaboration avec Ann Hui, Violet Lam reçut l’Award de la meilleure musique en 1985. L’utilisation de la musique dans ce film est d’une grande subtilité. Ann Hui et Violet Lam n’ont pas cédé à la facilité du genre, qui consiste à napper tout le récit d’une musique sirupeuse. Ici, elle se fait rare, discrète, jamais elle n’est redondante. Elle apparaît à certains moments, pour souligner seulement après coup les sentiments des deux personnages principaux. Elle montre si bien leurs hésitations et cette envie d’abandon. Au passage, rappelons que le couple formé par Chow Yun Fat et Cora Miao dans ce film est l’un des plus beaux du cinéma hongkongais de cette époque. Sans vous raconter la fin du film, sachez que la musique s’y révèle d’une incroyable beauté et suscite un étrange sentiment nostalgique, jusqu’à cet étonnant dernier plan et l’apparition soudaine de la chanson du générique. C’est simplement sublime !




La musique de Violet Lam a marqué d’autres grands films de cette époque comme Nomad (1982) de Patrick Tam. La production de ce film fut chaotique, mais Violet Lam sut habiller le résultat final d’une musique évoquant à la fois la tristesse et la beauté. C’est elle qui met un voile à cet éclatant soleil de la jeunesse, c’est elle qui accompagne les moments de joie tout en y distillant un parfum de spleen. Le début du passage des « vacances » sur l’île,  sans dialogues, reste dans notre mémoire : les images sont belles, et la petite musique de Violet Lam y est gracieuse – même si cette partie du film aurait été reniée par Patrick Tam. « Vagabondages / 流浪 », cette chanson d’une lancinante tristesse écrite par Violet Lam pour Leslie Cheung et placée au début du film va imprégner tout le récit. Wong Kar Wai se souviendra de cette façon de croiser l’énergie de la jeunesse et la mélancolie des âmes.

Dans Ah Ying d’Allen Fong, la musique de Violet Lam colorie le morne quotidien de l’héroine. C’est elle qui lui permet des échappées vers la poésie, la fantaisie. C’est aussi elle qui souligne discrètement la relation entre Ah Ying et son professeur, faite de confidences et de sentiments naissants. Lam a su éviter une musique trop sophistiquée, qui aurait contredit l’apparente simplicité du dispositif d’Allen Fong. A la fin, comme l’aspiration d’Ah Ying, la musique s’envole… C’est en découvrant ce film qu’Edward Yang à demandé à Violet Lam d’écrire la musique de son premier long-métrage, That Day On The Beach (1983). La collaboration fut heureuse, Yang avait laissé une liberté totale à la compositrice. Mais à l’arrivée, il ne reste guère plus que quelques minutes de musique : ils ont compris que le film n’avait pas vraiment besoin de musique pour exister ; Lam estimait même qu’il n'en avait pas besoin du tout. 

Ah Ying de Allen Fong

Le succès aidant, Violet Lam va recevoir de plus en plus de propositions pour écrire des B.O.F. De son propre aveu, certains réalisateurs et producteurs ne comprenaient rien à la musique de films : pour eux, elle ne devait servir qu’à couvrir le film, et plus il y en avait, mieux c’était. C’est hélas une pratique courante dans le cinéma de Hong Kong, qui touche même les plus grands films ! Les musiciens comme Violet Lam, James Wong Chim ou Michael Lai Siu Tin étaient victimes de leur succès. Ils devaient répondre aux exigences de leurs commanditaires. Très souvent, ils tombaient sur des gens qui n’avaient aucune oreille ni culture musicales. Violet Lam dit qu’elle avait souvent l’impression de « jouer de la guitare devant une vache ». Elle se souvient des moments heureux en travaillant avec Ann Hui (les deux femmes disséquaient chaque séquence devant la table de montage, pour discuter de la nécessité de placer de la musique ou non) ou Leong Po Chih (Lam regrette que sa musique sur Hong Kong 1941, originale et d’apparence anachronique, n’ait pas été plus appréciée).

Heart Of Dragon

Comme le veut la tradition dans le cinéma hongkongais, très souvent le musicien du film est aussi chargé de composer une chanson pour le générique. Lam Man Yee ne dérogeait pas à la règle. C’est ainsi qu’elle était connue comme une grande faiseuse de tubes pour stars de la canto-pop passées par le cinéma, comme Leslie Cheung, Alan Tam ou Jacky Cheung. Ses chansons sont très souvent d’une tonalité triste, avec des notes de piano. Dans les années 1980 où le milieu musical hongkongais adaptait à la pelle des tubes de la J-pop, les ballades et complaintes de Violet Lam s’imposaient par leur originalité. Elle a obtenu l’Award de la meilleure chanson de film pour Heart Of Dragon de Sammo Hung Kam Bo (1985) – interprétée par Julie Su.

Chanson de Heart Of Dragon

Entre les années 1980 et 2000, Violet Lam a composé la musique de plus de 50 films, sans parler des 150 chansons pour les stars de Hong Kong ou d’ailleurs. Elle a sans doute perdu le plaisir de créer, à force d’accepter des commandes. Peu à peu, elle s’est éloignée du cinéma et de la canto-pop pour se consacrer à des travaux plus personnels. A Hong Kong, on la connaît aussi comme une compositrice pour ballets et théâtre. Elle crée aussi de la musique d’avant-garde, sans oublier le classique et le jazz. Au début des années 2000, Violet Lam change de nom et d’orientation professionnelle. Elle devient alors Lam Sin Yee 林倩而 et décroche le titre de docteur en médecine naturelle. Aujourd’hui, elle est redevenue Lam Man Yee et continue à composer des œuvres musicales plus personnelles. 

Love In A Fallen City

PS: La plupart de des films de la nouvelle vague cités ici sont projetés au Festival Paris Cinéma

Ecrit par Panda VT L.

samedi 7 juillet 2012

04/07 - Interview Allen Fong : les photos

Mercredi 4 juillet 2012, 14h30 : l'équipe du HKCM est partie interviewer l'une des figures de proue de la nouvelle vague hong kongaise, le grand Allen Fong. Sensé nous accorder 1/2h de son temps, le réalisateur de Father and Son et Ah Ying nous a parlé pendant près d'une heure, abordant ses films, sa carrière, la nouvelle vague et sa vision de la vie en général. Un des temps forts de ce festival et un grand moment que nous avons capturé en vidéo (bientôt en ligne) et en images.










Photos de Camille et Thomas, © 2012 HK Cinémagic

PS: Un grand merci à Dimitri Larcher (attaché de presse du festival Paris Cinéma) et Simon Helloco (assistant attaché de presse du festival Paris Cinéma) pour leur aide et leur disponibilité dans la mise en place et l'organisation de ces interviews.