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mardi 10 juillet 2012

Bilan : Chiffres et observations

Et voila ! Le festival Paris Cinéma édition 2012 s'achève aujourd'hui. Il est temps pour Johnnie To d'éteindre son cigare, de ranger les pim's et de retourner à des activités normales (comme regarder des VCDs de films de Hong Kong).



Le bilan qu'on peut tirer de ce festival est on ne peut plus positif. Quantité et qualité étaient au rendez-vous avec une belle sélection de classiques et d’œuvres inédites en France, certaines, particulièrement difficilement à voir. Si le public semblait bouder le festival lors des premiers jours (les salles étaient à peines remplies au tiers et les sièges claquaient souvent durant les séances), celui-ci s'est présenté de plus en plus nombreux au fur et à mesure que le temps passait. Si bien que des films plutôt difficile d'accès comme Love Massacre ou Homecoming avaient des salles quasi combles lors de leurs deuxièmes passages. De quoi s'interroger sur les attentes du public quand aux œuvres en provenance du port parfumé.

Quelques reproches peuvent toutefois être adressés :

- Si la programmation dans son ensemble était excellente, certains choix faisaient véritablement tache. Les 2 Wu Ma avaient-ils vraiment leur place au sein d'une sélection aussi pointue ? Le 3e épisode Seven Women était-il le mieux à même de faire découvrir Patrick Tam aux spectateurs Français ? On peut en douter.

- Si des projections en vidéo ou des copies en mauvais état étaient parfaitement compréhensible pour des œuvres relativement rares, on ne peut pas se montrer aussi conciliant concernant les conditions de projection des films célèbres. Ainsi, se retrouver devant A Better Tomorrow en mandarin est une bien vilaine surprise. De même, ne pas passer Le Marin des Mers de Chine en 35mm mais en vidéo ou devoir composer avec de multiples sautes de son pour Iron Monkey est extrêmement décevant.

Des mauvaises surprises qu'on espère voir corriger pour une éventuelle prochaine édition !



Pour terminer, voici quelques chiffres résumant cette expérience festivalière :

2 : Le nombre de films présentés dans des versions alternatives (L'Enfer des Armes et The Club).
5 : Le nombre de master class et tables rondes organisées.
9 : Le nombre de paquets de biscuits tombés au champ d'honneur.
17 : Le nombre d'invités et autres intervenants liés au cinéma de Hong Kong.

21 : Le nombre de séances auxquelles votre humble serviteur a assisté.
21 encore : Le nombre maximum de films Hong Kongais projetés en une seule journée.
22 : Le nombre de spectateurs qui s'enfuirent à la fin du premier épisode de Seven Women de Patrick Tam.
73 : Le nombre de longs métrages Hong Kongais présentés lors du festival.
108 : Le nombre de fois où Ng Cho Fan tousse dans Cold Nights.
134 : Le nombre de mains serrées durant tout le festival.


lundi 9 juillet 2012

10/07 : dernières journée du festival… les films à ne pas louper !

Alors quels sont les films à ne pas rater pour cette dernière journée du festival ?

Les 3 Luxembourg (6e arrondissement)
13h30 : Infernal Affairs, Andrew Lau , Alan Mak ***** FILM A VOIR. En savoir plus 
15h30 : Infernal Affairs, Andrew Lau , Alan Mak
17h30 : La Légende de Fong Sai-yuk (Legend of Fong Sai-yuk), Corey Yuen
 19h20 : Infernal Affairs II, Andrew Lau , Alan Mak
21h35 : Infernal Affairs II, Andrew Lau , Alan Mak

Song of the Exile


MK2 Bibliothèque (13e arrondissement)
13h : 92 The Legendary La Rose Noire, Joseph Chan, Jeff Lau
13h : Seven Women: Miu Kam-fung (épisode 2), Patrick Tam, Programme TV Patrick Tam1
13h : Seven Women: On Sai, Yeung See-tai, May Lee (épisode 3), Patrick Tam, Programme TV Patrick Tam 1
15h : Love Unto Waste, Stanley Kwan
19h30 : An Autumn's Tale, Mabel Cheung ***** FILM A VOIR. En savoir plus


An Autumn's Tale


La programmation du Forum des images est peut-être un peu moins accessible que ma liste de films commerciaux ci-dessus, mais est tout aussi passionnante et tout à fait recommandable également…*****

Forum des images (1e arrondissement)
16h30 : China Behind, Tong Shu-shuen
19h : Parents' Hearts, Chun Kim
21h30 : Empress Wu Tse-tien , Li Han-hsiang


Empress Wu Tse-tien © Licensed by Celestial Pictures Limited. All rights reserved



 Autres articles :
-Nouvelle vague : Entre classiques incontournables et oublis regrettables

-Plus d'articles et d'interviews à venir...



Merci aux organisateurs et programmateurs du festival et rendez-vous sur ce blog et sur HKCinemagic.com pour plus d’articles, compte-rendus sur le festival, interviews et critiques de films.

Nouvelle vague : Entre classiques incontournables et oublis regrettables

Avec la fin imminente du festival, revenons quelques instants sur une des thématiques majeures de cette rétrospective consacrée à Hong Kong et son cinéma.

La programmation de Paris Cinéma 2012 proposait rien de moins que 13 films appartenant au mouvement dit "de la nouvelle vague" qui redynamisa l'industrie cinématographique Hong Kongaise de 1978 à 1984. Parmi ceux-ci, seuls 2 d’entre eux, L'Enfer des Armes et The Sword, avaient eu les honneurs d'une sortie en France. Cela faisait donc 11 films inédits dans l'hexagone et pas des moindres puisque on en dénombrait 6 (The Secret, The Spooky Bunch, Man on the Brink, Nomad, Ah Ying et Homecoming) appartenant à l'excellente liste des 100 meilleurs films de Hong Kong compilée par la Hong Kong Film Archive * !


Dans les 6, Homecoming était sans nul doute le plus attendu car quasi invisible en dehors de la Hong Kong Film Archive **. La réputation de ce film de Yim Ho n'était pas usurpée : Aussi émouvant que subtile, c'est sans conteste le long métrage en provenance de l'ancienne colonie Britannique qui illustre le mieux les difficiles relations qu'entretenaient (et entretiennent encore aujourd'hui) le port parfumé avec la Chine continentale.
Extrêmement rare également était The System de Peter Yung. Ce polar noir est dans la continuation directe du Jumping Ash de Leong Po Chih et Josephine Siao, le film précurseur de la nouvelle vague, et a toute l’âpreté et l'intensité auxquels les autres films policiers du mouvement nous ont habitué.



Moins rare mais néanmoins fondamental était aussi la vision du Man on the Brink de Alex Cheung. Premier film à traiter de manière pleinement satisfaisante le concept du policier undercover à Hong Kong, c'est un petit bijou dans lequel Cheung fait preuve d'une impressionnante maîtrise formelle et n'hésite pas à explorer les aspects les plus sombres de la psychologie humaine. Un chef d’œuvre ? Assurément ! Et peut-être même le tout meilleur film de la nouvelle vague !
L'autre gros morceau pour les amateurs de polars/films de gangsters était le The Club de Kirk Wong. L'occasion d'apprécier un Michael Chan dans toute sa splendeur tatouée et de se laisser porter par l'ambiance décadente et violente qui règne tout au long du film. La vision de ce précurseur des thématiques chères à John Woo était d'autant plus impérative que le festival en proposait une version composite plus longue, certaines séquences s'étant vu réinsérées ou allongées à partir de bouts de VHS et de Laserdiscs.    



C'était l’œuvre de Ann Hui qui se taillait la part du lion et on n'avait pas de raison de s'en plaindre ! La réalisatrice fut à la pointe de la nouvelle vague et resta fidèle à son style tout au long de sa carrière comme l'atteste son récent, et excellent, A Simple Life.
4 de ses travaux à la télévision étaient présentés, 2 tirés de la série Below the Lion Rock, un de Social Worker et le dernier de ICAC. Déjà, la réalisatrice y dévoilait son intérêt pour les drames humains, les personnes en marges et les difficultés interculturelles.
Ses films furent donc le prolongement logique de cette démarche commencée sur le petit écran. The Secret est l'adaptation libre d'un fait divers qui n'aurait pas démérité dans une série TV de la période. Mais elle le complexifie en conférant une atmosphère quasi fantastique à l’œuvre et en adoptant une narration ambitieuse, faite de flash backs impromptus. Le résultat n'est pas encore pleinement maîtrisé mais foncièrement passionnant. 
Comme un pied de nez à ses spectateurs, elle décida de sauter le pas et de faire une œuvre ouvertement fantastique le film suivant, s'écartant pour le coup de ses racines télévisuelles. The Spooky Bunch, filmé à Cheng Chau, est un film étrange, un peu bancal, mais également plein de qualité : Les scènes d'opéra sont magiques, Joséphine Siao magistrale et le mélange horreur/comédie ne manque pas de vitalité.
Avec Story of Woo Viet, la réalisatrice revint à la source de son inspiration. Le long métrage s'inscrit dans la continuité de Boy From Vietnam, un des segments de Below the Lion Rock. Assurément le plus maîtrisé des trois films ici discutés et servi par un joli casting principal, ce deuxième épisode de ce que l'on appelle parfois la trilogie Vietnamienne d'Ann Hui *** est une première réussite majeure au sein d'une filmographie qui en compte plus d'une !




Le travail d'Allen Fong était également à l'honneur. Une présence qui faisait plaisir tant le cinéma de ce chouchou de la critique Hong Kongaise est peu connu dans notre pays. Et pourtant, il a tout pour séduire le public cinéphile Français : Passionnés et engagés, ses travaux sont toujours empreint d'un réalisme social rare dans l'industrie cinématographique locale. Une approche apparente dés son passage à la télévision. Ses épisodes de la série Below the Lion Rock traitaient des strates les plus pauvres, les plus défavorisées, de la société Hong Kongaise. C'est également le cas de Father and Son et Ah Ying, les deux films liés au mouvement de son auteur, sur lesquels Fong greffaient en plus de larges morceaux (auto)biographiques et exprimait son profond amour pour le cinéma. 



Particulièrement mis en valeur par le festival, le cas de Patrick Tam est ressortit plus mitigé des différentes séances. Que ce soit à travers ses séries TV ou ses deux films inédits, on a pu mieux réaliser le poids des références qui plombe son œuvre (Godard). Il est tel qu'il empêche toute implication émotionnelle sur une bonne partie de ses premiers travaux (Seven Women ou Love Massacre). Ce n'est que sur Nomad qu'il atteignit enfin à une certaine maturité, en parvenant à retranscrire l'énergie de la jeunesse de l'époque sans que son talent formel ne prenne le dessus sur les personnages et leurs émotions... Cela jusqu'à une conclusion qu'on préférera poliment oublier. Une évolution qui trouvera son aboutissement artistique quelques années plus tard avec Final Victory.  


S'il faut louer le festival pour avoir proposé de telles raretés, on ne peut s’empêcher d'avoir un petit regret que la programmation n'ait pas été encore plus loin. Car avec quelques films de plus, c'est la nouvelle vague Hong Kongaise dans sa quasi intégralité qui aurait pu être proposé aux spectateurs parisiens ! De par sa nature non organisée, il est certes difficile de déterminer quels films sont à même de s'y rattacher et lesquels ne sont que de simples copies opportunistes des standards soudainement imposés par Ann Hui et les autres. Toutefois, une poignée d'entre-eux fait à peu près l'unanimité et mérite d'être vus. Il s'agit de :

- The Extras de Yim Ho, une comédie que ses auteurs s'accordent à considérer comme ratée mais quasi invisible depuis sa sortie en salle.
The Happenings toujours de Yim Ho, film sur la jeunesse de l'époque et préfigurant celui de Tsui Hark.
- House of the Lute de Lau Hsing Hon, techniquement le premier film de la nouvelle vague et l'unique long métrage à avoir choisi le genre du drame érotique.
- Cops and Robbers de Alex Cheung, un polar sur la dualité flic/gangster
- The Imp de Dennis Yu, un film fantastique jouant des clichés du genre.
- Coolie Killer de Terry Tong, un polar noir préfigurant The Killer.
- Health Warning de Kirk Wong, une étrange tentative de mélanger science-fiction et films de kung-fu traditionnels.
- Home at Hong Kong de Ging Hoi Lam, un drame subtile sur les interrogations identitaires des Hong Kongais.

Ce sera peut être, on l'espère, pour une prochaine édition !

* http://www.lcsd.gov.hk/ce/CulturalService/filmprog/promo/2011ms100/100_Must_See_Booklet.pdf (liste qui a manifestement servie de base à la programmation)

** Une VHS du film aurait, parait-il, été trouvable à la cinémathèque de Bruxelles !

*** Le troisième épisode étant Boat People.

dimanche 8 juillet 2012

09/07 : avant-dernière journée non décevante : The Club, Comrade, L'Enfer des armes, Martial Club, CID, Vulgaria...

On ne pourra pas passer à côté de certains films pour cette journée de lundi avec du Tsui Hark, du Wong Kar-wai, du Lau Kar Leung, du Peter Chan, le dernier Pang Ho Cheung et les travaux télé de Patrick Tam…

L'Enfer des armes (Dangerous Encounter - 1st Kind)


Les 3 Luxembourg (6e arrondissement)
14h : In the Mood for Love, Wong Kar-wai *****
16h : In the Mood for Love, Wong Kar-wai
18h : In the Mood for Love, Wong Kar-wai
20h : La Légende de Fong Sai-yuk (Legend of Fong Sai-yuk), Corey Yuen ****
22h : In the Mood for Love, Wong Kar-wai

Chan Li-Zhen (Maggie Cheung) aménage avec son mari, un homme d'affaire souvent à l'étranger, dans la même immeuble et le même jour que Chow (Tony Leung) dont la femme est également souvent absente. Dès le début, il y a mélange (affaires attribuées à l'un mais appartenant à l'autre). Et ils ne tardent pas à découvrir que leurs époux respectifs ont une liaison. Rapprochés par cette condition commune, Li-Zhen et Chow établissent entre eux une relation particulière afin de découvrir comment leurs époux ont pu les tromper.

Plans magnifiques, jeu d'acteurs impeccable, musique sublime, le (…) film de Wong Kar Wai est une d'une réussite formelle indéniable. *****

In The Mood For Love

Coup de Cœur du HongKong Cinemagic



Et le plus gros du programme de la journée est au MK2 Bibliothèque (13e arrondissement) :

12h30 : Thirteen: Suffocation (épisode 4), Patrick Tam, Programme TV Patrick Tam 2
12h30 : Thirteen: Traces of Her (épisode 10), Patrick Tam, Programme TV Patrick Tam 2
13h : Vulgaria, Pang Ho-cheung ****
15h : Martial Club, Lau Kar-leung *****
16h50 : Comrades, Almost a Love Story, Peter Chan *****
19h : Wonder Women, Kam Kwok-leung****
19h30 : The Club, Kirk Wong ****
21h : Deaf Mute Heroine, Wu Ma

Un producteur de seconde zone est invité dans une classe d’étudiants en cinéma. Amené à défendre sa fonction, il se remémore le tournage chaotique de son dernier projet : le remake d’un film érotique de 1976.
A découvrir. ****

  




A découvrir. ****

Wonder Women


Deux jeunes gens de Chine continentale, Li Xiao-Jun (Leon Lai) et Li Chiao (Maggie Cheung), tout juste immigrés à Hong Kong, tombent amoureux l’un de l’autre contre leur gré. Alors que Xiao-Jun est un garçon naïf et ébahi par la vie de la grande cité (campagnard, il vient du nord de la Chine), Li Chiao est une jeune fille opportuniste et ambitieuse qui n’hésite pas à se servir de la crédulité de ses compatriotes pour gagner quelque argent (citadine, elle est originaire d’une grande ville du sud de la Chine). Nous les suivrons pendant dix ans, jusqu'à un final new-yorkais bercé par une chanson de Teresa Tang (un air qui vous restera dans la tête longtemps après la fin du film !).

Comrades, Almost A Love Story est une production caractéristique de la United Filmmakers Organization : prenez un scénario plutôt fouillé, ajoutez des acteurs de bon niveau (Maggie Cheung qui faisait à cette occasion son grand retour devant les caméras après 3 ans de silence, un Leon Lai étonnement dans le ton et Eric Tsang pour une fois parfait), laissez mariner le tout dans un genre bien particulier et typique (qui a dit que ce qui ressemblait le plus à un film UFO, c’était un film UFO ?), et vous obtenez, au final, un produit destiné à satisfaire un public très ciblé, le milieu intellectuel « branché » hongkongais. Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant, le résultat est là et il est concluant. *****

Voir aussi notre interview du réalisateur : Interview Peter Chan : almost a love story



Coup de Cœur du HongKong Cinemagic



Film sombre et nihiliste, la réputation de L'enfer des armes n'est plus à faire. Si certains y voient un "brûlot anarchique", il s'agit en fait plutôt d'un cri de colère et de frustration que d'un réel discours politique. Tsui Hark porte un regard sombre sur une société au bord du gouffre, cellule familiale en péril, jeunesse perturbée à la dérive, violence...

LE classique et LE chef-d’œuvre du cinéma hongkongais révolutionnaire. C’est un peu pour lui que la catégorie III a été créée ! A l’époque de sa sortie, les autorités demandèrent d’ailleurs à Tsui Hark d’y effectuer de nombreuses coupes et de retourner entièrement des scènes complètes. *****


L'Enfer des armes (Dangerous Encounter - 1st Kind)

Coup de Cœur du HongKong Cinemagic

Souvenir de Violet Lam Man-Yee 林敏怡, compositrice des années 80 et 90

Ces jours-ci, en (re)découvrant les films de la Nouvelle vague hongkongaise à Paris Cinéma, j’ai également redécouvert le nom de Violet Lam Man-Yee, célèbre compositrice du cinéma de Hong Kong des années 1980 et 1990.

Violet Lam Man-Yee


 Les tubes signés Violet Lam Man-Yee


Violet Lam Man-Yee est née en 1950. Enfant, elle a appris le piano avec sa mère. Diplômée d’études de psychologie, elle part étudier la musique en Italie puis en Allemagne dans les années 1970. A Rome, elle découvre… le cinéma, surtout européen. Elle a dit qu’à cette époque, elle regardait deux films par jour. Le cinéma d’auteur l’éblouissait : c’était si différent de ce qu’elle connaissait jusque là. Comme elle est musicienne, elle prête plus attention à la musique des films. Elle découvre cet art et ses grands maîtres. Et aspire à son tour d’être compositrice pour le cinéma. A son retour à Hong Kong vers la fin de la même décennie, elle commence par des créations personnelles mais écrit aussi pour la scène. Elle gagne même quelques prix. C’est par l’intermédiaire d’un ami qu’elle rencontre Ann Hui. Celle-ci lui propose de l’accompagner pour son premier film au cinéma, The Secret (1979).  Très vite, Violet Lam va devenir le compagnon de route des cinéastes de la Nouvelle vague alors naissante.

The Secret

La musique de Violet Lam au cinéma est marquée par une présence discrète mais mélodique. Elle accompagne le film sans l’envahir. Elle apparaît souvent dans la pénombre du récit, pour révéler en pointillé les états d’âme. Cette musique si subtile imprègne bon nombre d’œuvres emblématiques de la Nouvelle vague, comme Nomad de Patrick Tam Kar Ming, Story Of Woo Viet de Ann Hui ou Ah Ying de Allen Fong. Sans elle, je me demande si ces films n’auraient pas perdu une part de leur beauté.


Chanson de Nomad


Sur The Secret, formellement très réussi, on sent encore un certain tâtonnement de la part de Violet Lam. Sa musique se contente d’accompagner quelques scènes sans tomber dans l’excès. On voit déjà dans ce premier film la voie choisie par Ann Hui : faire confiance à l’imagination du spectateur, plutôt que de le prendre par la main et tout lui expliquer avec des effets musicaux peu subtils et répétitifs. Elle a trouvé en Violet Lam une vraie complice dans sa démarche. Violet Lam aime aussi marquer les séquences de déambulations nocturnes ; on retrouvera cette petite touche personnelle dans d’autres films de l’époque dont elle a composé la musique. 

Story Of Woo Viet

Dès son deuxième film, Violet Lam sut dévoiler l’étendue de son talent. Sa musique joue un rôle essentiel mais discret dans l’aspect mélancolique de The Story of Woo Viet (1981). La désolation est dans le récit, mais je pense que sans la belle musique de Lam, l’impact sur le spectateur aurait été atténué. Cette musique réussit à révéler avec délicatesse l’âme des personnages. Elle souligne remarquablement bien ce désespoir qui les anime - ils portent tous le poids du passé et leur avenir est si incertain. Violet Lam aimait placer ses musiques dans les creux du récit, c’est dans ses moments-là que les cœurs se montrent. Elle aide certains passages d’apparence anodine à devenir l’âme du film. Je pense en particulier à celui où Chow Yun Fat/Woo Viet raconte à sa correspondante en voix off la déchéance de son ami magnifiquement incarné de Loh Lieh. Cette simple musique, si poignante, ne vous quitte plus bien après la fin du film – mais vous aurez du mal à la fredonner avec précision. Teddy Robin, qui était le producteur du film, avait particulièrement apprécié une séquence musicale. Il a alors demandé à Violet Lam de la transformer en chanson. Violet profite de l’occasion pour pousser son jeune frère Andrew Lam Man-Chung 林敏驄 à devenir parolier. Cela va donner « That’s Love /  這是愛 », premier tube de Violet Lam dans le domaine de la canto-pop. Cette très belle chanson n’est pas dans le film, mais sera l’un des plus beaux succès de Teddy Robin Kwan chanteur.

Love In A Fallen City


Grâce à Love In A Fallen City (1984), sa troisième et dernière collaboration avec Ann Hui, Violet Lam reçut l’Award de la meilleure musique en 1985. L’utilisation de la musique dans ce film est d’une grande subtilité. Ann Hui et Violet Lam n’ont pas cédé à la facilité du genre, qui consiste à napper tout le récit d’une musique sirupeuse. Ici, elle se fait rare, discrète, jamais elle n’est redondante. Elle apparaît à certains moments, pour souligner seulement après coup les sentiments des deux personnages principaux. Elle montre si bien leurs hésitations et cette envie d’abandon. Au passage, rappelons que le couple formé par Chow Yun Fat et Cora Miao dans ce film est l’un des plus beaux du cinéma hongkongais de cette époque. Sans vous raconter la fin du film, sachez que la musique s’y révèle d’une incroyable beauté et suscite un étrange sentiment nostalgique, jusqu’à cet étonnant dernier plan et l’apparition soudaine de la chanson du générique. C’est simplement sublime !




La musique de Violet Lam a marqué d’autres grands films de cette époque comme Nomad (1982) de Patrick Tam. La production de ce film fut chaotique, mais Violet Lam sut habiller le résultat final d’une musique évoquant à la fois la tristesse et la beauté. C’est elle qui met un voile à cet éclatant soleil de la jeunesse, c’est elle qui accompagne les moments de joie tout en y distillant un parfum de spleen. Le début du passage des « vacances » sur l’île,  sans dialogues, reste dans notre mémoire : les images sont belles, et la petite musique de Violet Lam y est gracieuse – même si cette partie du film aurait été reniée par Patrick Tam. « Vagabondages / 流浪 », cette chanson d’une lancinante tristesse écrite par Violet Lam pour Leslie Cheung et placée au début du film va imprégner tout le récit. Wong Kar Wai se souviendra de cette façon de croiser l’énergie de la jeunesse et la mélancolie des âmes.

Dans Ah Ying d’Allen Fong, la musique de Violet Lam colorie le morne quotidien de l’héroine. C’est elle qui lui permet des échappées vers la poésie, la fantaisie. C’est aussi elle qui souligne discrètement la relation entre Ah Ying et son professeur, faite de confidences et de sentiments naissants. Lam a su éviter une musique trop sophistiquée, qui aurait contredit l’apparente simplicité du dispositif d’Allen Fong. A la fin, comme l’aspiration d’Ah Ying, la musique s’envole… C’est en découvrant ce film qu’Edward Yang à demandé à Violet Lam d’écrire la musique de son premier long-métrage, That Day On The Beach (1983). La collaboration fut heureuse, Yang avait laissé une liberté totale à la compositrice. Mais à l’arrivée, il ne reste guère plus que quelques minutes de musique : ils ont compris que le film n’avait pas vraiment besoin de musique pour exister ; Lam estimait même qu’il n'en avait pas besoin du tout. 

Ah Ying de Allen Fong

Le succès aidant, Violet Lam va recevoir de plus en plus de propositions pour écrire des B.O.F. De son propre aveu, certains réalisateurs et producteurs ne comprenaient rien à la musique de films : pour eux, elle ne devait servir qu’à couvrir le film, et plus il y en avait, mieux c’était. C’est hélas une pratique courante dans le cinéma de Hong Kong, qui touche même les plus grands films ! Les musiciens comme Violet Lam, James Wong Chim ou Michael Lai Siu Tin étaient victimes de leur succès. Ils devaient répondre aux exigences de leurs commanditaires. Très souvent, ils tombaient sur des gens qui n’avaient aucune oreille ni culture musicales. Violet Lam dit qu’elle avait souvent l’impression de « jouer de la guitare devant une vache ». Elle se souvient des moments heureux en travaillant avec Ann Hui (les deux femmes disséquaient chaque séquence devant la table de montage, pour discuter de la nécessité de placer de la musique ou non) ou Leong Po Chih (Lam regrette que sa musique sur Hong Kong 1941, originale et d’apparence anachronique, n’ait pas été plus appréciée).

Heart Of Dragon

Comme le veut la tradition dans le cinéma hongkongais, très souvent le musicien du film est aussi chargé de composer une chanson pour le générique. Lam Man Yee ne dérogeait pas à la règle. C’est ainsi qu’elle était connue comme une grande faiseuse de tubes pour stars de la canto-pop passées par le cinéma, comme Leslie Cheung, Alan Tam ou Jacky Cheung. Ses chansons sont très souvent d’une tonalité triste, avec des notes de piano. Dans les années 1980 où le milieu musical hongkongais adaptait à la pelle des tubes de la J-pop, les ballades et complaintes de Violet Lam s’imposaient par leur originalité. Elle a obtenu l’Award de la meilleure chanson de film pour Heart Of Dragon de Sammo Hung Kam Bo (1985) – interprétée par Julie Su.

Chanson de Heart Of Dragon

Entre les années 1980 et 2000, Violet Lam a composé la musique de plus de 50 films, sans parler des 150 chansons pour les stars de Hong Kong ou d’ailleurs. Elle a sans doute perdu le plaisir de créer, à force d’accepter des commandes. Peu à peu, elle s’est éloignée du cinéma et de la canto-pop pour se consacrer à des travaux plus personnels. A Hong Kong, on la connaît aussi comme une compositrice pour ballets et théâtre. Elle crée aussi de la musique d’avant-garde, sans oublier le classique et le jazz. Au début des années 2000, Violet Lam change de nom et d’orientation professionnelle. Elle devient alors Lam Sin Yee 林倩而 et décroche le titre de docteur en médecine naturelle. Aujourd’hui, elle est redevenue Lam Man Yee et continue à composer des œuvres musicales plus personnelles. 

Love In A Fallen City

PS: La plupart de des films de la nouvelle vague cités ici sont projetés au Festival Paris Cinéma

Ecrit par Panda VT L.